Que signifie vraiment l’opposition à la messe traditionnelle?

Ordination de prêtres dédiés à la messe traditionnelle par Mgr Aillet, le 28 juin 2014.

Ordination de prêtres dédiés à la messe traditionnelle par Mgr Aillet, le 28 juin 2014.

[Par M. Peter Kwasniewski]

Dans le monde post-Summorum, le rite romain ancien ne peut plus être considéré comme étant interdit, dubitatif, marginal ou obsolète. Il jouit d’un droit de cité égal avec le nouveau rite; deux formes du rite romain – l’une appelée Ordinaire, car récemment promulguée et la plus utilisée et l’autre, Extraordinaire, l’usus antiquior, digne de respect pour son usage vénérable – et dont l’une ou l’autre peut être célébré librement par n’importe quel prêtre du rite romain, sans aucune permission spéciale. L’on pourrait penser que comme geste de réconciliation au cœur de l’Église les deux formes pourraient s’épanouir côte à côte et que les catholiques auraient partout le privilège d’assister à ces deux formes offertes avec révérence et beauté.

Mais ceci est encore très loin de la réalité et, malheureusement, il y a encore beaucoup trop d’évêques et de prêtres qui s’opposent à la messe traditionnelle, l’enchaînent de lourdes conditions ou recourent à des jeux de pouvoir pour s’assurer que ses partisans soient bien avertis et punis pour leur imprudent attachement à notre héritage catholique.

Alors que nous commémorons aujourd’hui le septième anniversaire de l’implémentation de Summorum Pontificum, dont les provisions entrèrent en vigueur le 14 septembre 2007, les considérations de Joseph Ratzinger sur le sens qu’il donne à l’opposition à la messe traditionnelle sont édifiantes et donnent à réfléchir. Que laisse entendre l’opposition de certains envers cette Messe, ceux qui la célèbre ou ceux qui la chérissent comme forme de prière à laquelle ils sont attachés? 

Dans le livre-entrevue Sel de la Terre, publié en 1997, Joseph Ratzinger dit :

«Je suis de l’opinion qu’il est certain que l’ancien rite devrait être offert beaucoup plus généreusement à tous ceux qui le désirent. Il est impossible de concevoir ce qui serait dangereux ou inacceptable à ce propos. Une communauté remet en question son être le plus profond quand elle déclare soudainement que ce qui jusqu’à maintenant était sa possession la plus sainte est strictement interdite et qu’elle donne l’impression que le désir pour ce rite est tout simplement indécent. Pouvons-nous faire confiance à une telle communauté à propos d’autres choses? Ne proscrirait-elle pas demain ce qui est prescrit aujourd’hui?» (p. 176-77)

Dix ans avant Summorum, Ratzinger mettait le doigt sur le nœud du problème. Si la liturgie qui était la possession la plus sainte et la plus haute de l’Église pendant des siècles, l’objet d’une révérence et d’un honneur totaux, le moyen de sanctification d’innombrables catholiques est soudainement interdite et si le désir de rendre un culte comme nos ancêtres le faisaient est perçu comme mauvais, qu’est-ce que cela dit à propos de l’Église elle-même, à propos de son passé, sa tradition et ses saints? Assurément, sa crédibilité disparaît entièrement, ses proclamations deviennent des diktats arbitraires. Y avait-il quelque chose d’intrinsèquement imparfait pendant tout ce temps avec notre acte central du culte? Tous ces papes du passé qui ont cultivé avec amour cette liturgie erronée, tous ces missionnaires qui l’ont amené au bout du monde, se sont-ils tous trompés? Peuvent-ils dire, avec les mots de Jagur, fils de Jaké: «Je n’ai pas appris la sagesse, et je ne connais pas la science du Saint.» (Proverbes 30:3).

Dans Dieu et le Monde (2002), Ratzinger dans une autre de ses entrevues doctrinalement robustes et d’une perspicacité splendide revient sur le sujet :

«Pour susciter une vraie conscience liturgique, il est important que la proscription contre la forme de la liturgie en usage valide jusqu’en 1970 soit levée. Aujourd’hui, quiconque défend l’existence continuelle de cette liturgie ou qui y prend part est traité comme un lépreux; toute tolérance s’arrête ici. Il n’eut jamais telle chose comme celle-ci dans l’histoire; en faisant cela nous méprisons et proscrivons le passé entier de l’Église. Comment quelqu’un peut-il lui faire confiance si les choses sont comme cela? Je dois dire, assez ouvertement, que je ne comprends pas pourquoi tant de mes frères évêques se soient soumis à cette règle d’intolérance qui, pour aucune raison apparente, est opposée à faire la nécessaire réconciliation intérieure au sein de l’Église.» (p.416)

Ici nous trouvons un langage similaire à ce que nous trouverons cinq ans plus tard dans la Lettre aux Évêques de Benoît XVI qui accompagna Summorum Pontificum. Encore une fois, nous trouvons l’insistance révélatrice sur l’importance d’avoir la bonne attitude envers l’héritage fructueux et pérenne de l’Église. Les rites liturgiques qui émergent des semences apostoliques au cours du séjour de l’Église à travers l’histoire sont les fruits de Celui qui est le Seigneur et la Source de Vie et ces fruits ne peuvent, en eux-mêmes, ni mourir ou apporter la mort, pas plus qu’ils ne peuvent être légitimement interdits.

Cela expliquerait pourquoi Benoît XVI dit dans Summorum Pontificum que la messe traditionnelle doit «être honoré[e] en raison de son usage vénérable et antique» et ajoute dans sa Lettre aux Évêques :

«Ce qui était sacré pour les générations précédentes reste grand et sacré pour nous, et ne peut à l’improviste se retrouver totalement interdit, voire considéré comme néfaste. Il est bon pour nous tous, de conserver les richesses qui ont grandi dans la foi et dans la prière de l’Eglise, et de leur donner leur juste place.»

Doit être honorée, qui se traduit dans la réalité par la célébration du rite, n’est pas matière d’opinions et c’est pourquoi nous devrions poliment refuser de permettre que nous-mêmes et d’autres catholiques ne soient catégorisés comme étant des gens avec certaines «préférences» : «Oh, vous préférez l’ancien et moi je préfère le nouveau». Non, cela va au-delà des préférences; ce sont les structures mêmes de la Foi catholique. Ces choses qui sont vénérables et anciennes doivent être honorées; ce qui était sacré pour les générations précédentes doit être sacré pour nous aussi. Il nous incombe de préserver ces richesses et de nous assurer qu’elles occupent la place qui leur est due au sein de l’Église aujourd’hui.

Encore une fois, un signe que nous avons le bon cadre interprétatif de la pensée de Benoît XVI est le fait que l’instruction Universae Ecclesiae explicite et met l’accent sur ces points. En fait, la section 8 de ce document est remarquable de par sa simplicité sans compromis et l’absence totale d’ambiguïtés :

  1. Le Motu Proprio Summorum Pontificum constitue une expression remarquable du magistère du Pontife romain et de son munus propre – régler et ordonner la sainte liturgie de l’Église – et il manifeste sa sollicitude de Vicaire du Christ et de Pasteur de l’Église universelle. Il se propose :
  2. a) d’offrir à tous les fidèles la liturgie romaine dans l’usus antiquior, comme un trésor à conserver précieusement ;
  3. b) de garantir et d’assurer réellement l’usage de la forme extraordinaireà tous ceux qui le demandent, étant bien entendu que l’usage de la liturgie latine en vigueur en 1962 est une faculté donnée pour le bien des fidèles et donc à interpréter en un sens favorable aux fidèles qui en sont les principaux destinataires;
  4. c) de favoriser la réconciliation au sein de l’Église.

***

Ordination de prêtres dédiés à la messe traditionnelle par Mgr Conley, le 14 juin 2014.

Ordination de prêtres dédiés à la messe traditionnelle par Mgr Conley, le 14 juin 2014.

Ayant établi ces points, nous pouvons appréhender pourquoi toute tentative d’obstruction ou de diminution de la présence de l’usus antiquior dans l’Église aujourd’hui ne causerait seulement que blessures et dommages à long terme.

Premièrement, cela serait un symbole de désobéissance, ce qui n’est jamais béni par Dieu et qu’Il punit toujours. Plus spécifiquement, cela constituerait une désobéissance aux dispositions légales de Benoît XVI dans Summorum Pontificum (et leurs clarifications dans Universae Ecclesiae) de même qu’à la fameuse déclaration de saint Jean-Paul II à l’effet que l’«[o]n devra partout respecter les dispositions intérieures de tous ceux qui se sentent liés à la tradition liturgique latine, et cela par une application large et généreuse des directives données en leur temps par le Siège apostolique pour l’usage du missel romain selon l’édition typique de 1962.» Comme il fut démontré plus haut, il ne suffit pas de ne pas médire à propos des rites sacramentaux traditionnels; ils doivent être connus et aimés, réintroduits et promus, étudiés dans les séminaires, offerts généreusement aux fidèles comme étant un précieux trésor.

Deuxièmement et plus profondément, le culte divin va droit au cœur de la vie spirituelle d’une personne, de ce qui est le plus intime et chéri. Tout refus de partager les trésors de l’Église, toute lourde restriction sur ce qui est déjà disponible (ou qui devrait être disponible) ne peut que résulter en colère, déception et méfiance, blessant l’unité de l’Église qui est un bien fragile d’une énorme valeur. Certains évêques, prêtres et laïques n’ont peut-être pas un grand amour de la forme extraordinaire, mais ils doivent reconnaître et respecter la considérable minorité de catholiques qui chérit cette forme et ils doivent comprendre que priver cette minorité de cette forme ou la leur accorder au compte goutte est une des choses les plus offensantes à faire, ce qui revient à gifler la femme, la mère et la grand-mère d’un homme. Pour être franc, ceux qui veulent sincèrement la paix et une compréhension mutuelle feraient mieux d’agir avec plus de générosité ou ils finiront peut-être avec une Guerre froide ecclésiastique entre les mains. Qui veut de cela?

Pas besoin d’un diplôme en physique nucléaire pour voir qu’un nombre croissant et important de catholiques se ruent aux paroisses et chapelles où la messe traditionnelle est célébrée et avec leurs familles en moyenne plus nombreuses et leur profond engagement envers l’école à la maison, le futur leur appartient. En 1988, il y avait environ 20 messes traditionnelles dominicales; aujourd’hui, il y en a plus de 500.

Il n’y a aucune raison de combattre ce mouvement et il y a toutes les raisons du monde de le soutenir.

Malgré les anxiétés de certains qui trouvent difficile de donner une chance à la paix et la coexistence mutuelle, la forme extraordinaire n’est pas un problème pour l’Église et comme Ratzinger/Benoît XVI nous aide à le voir, elle ne pourrait jamais être un problème en soi. À la place, l’on peut rencontrer des attitudes traditionnalistes malheureuses qui aliènent ou provoquent – et pour être juste, cela est un couteau à double tranchant, car les partisans de la nouvelle messe démontrent fréquemment des attitudes offensantes telle la fusion particulière entre un libéralisme théorique et un totalitarisme pratique. La question n’est pas de jalousement limiter et contrôler l’usus antiquior comme si cela était une substance addictive dangereuse, une approche qui ne fait qu’alimenter ces attitudes malheureuses, mais d’enseigner et modeler la bonne attitude, recevoir à bras ouverts, avec humilité et une simplicité enfantine, tout ce que l’Église elle-même offre pour que cela devienne normal et naturel et non pas quelque chose d’interdit (et peut-être ainsi encore plus attrayant?), controversé ou qui divise.

Laissons le denier mot  au pape Benoît XVI qui écrivit dans sa Lettre aux Évêques du 7 juillet 2007 :

«Il me vient à l’esprit une phrase de la seconde épître aux Corinthiens, où Saint Paul écrit: “ Nous vous avons parlé en toute liberté, Corinthiens; notre coeur s’est grand ouvert. Vous n’êtes pas à l’étroit chez nous; c’est dans vos coeurs que vous êtes à l’étroit. Payez-nous donc de retour; … ouvrez tout grand votre coeur, vous aussi ! ” (2 Co 6,11-13). Paul le dit évidemment dans un autre contexte, mais son invitation peut et doit aussi nous toucher, précisément sur ce thème. Ouvrons généreusement notre cœur et laissons entrer tout ce à quoi la foi elle-même fait place.»

GRACIAS-TIBI-BENEDICTO-XVI

Source: New Liturgical Movement
Traduction: Notions romaines

Advertisements

Une réflexion sur “Que signifie vraiment l’opposition à la messe traditionnelle?

  1. Il faut retourner dans la mesure du possible a la messe traditionnelle, il y avait a cette époque des guérisons exceptionnelles et nombreuses comme par exemple au temps du frère André, Padre Pio, curé Lavallée a St-Norbert dans Lanaudiere Québec.

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s