Réplique à la lettre moderniste de l’Institut de formation théologique et pastorale du diocèse de Chicoutimi

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Le rêve de S. Jean Bosco; la Barque du Christ, l’Église, affrontant les tempêtes

[Cet éditorial est une réponse à une lettre d’opinion sur des questions de théologie catholique soi-disant suscitée par les propos du maire Tremblay concernant des journalistes. Ce fut plutôt un prétexte pour affirmer une foi anthropocentrique et une herméneutique de la rupture contraires à la Foi catholique. Cet esprit de Vatican II jusqu’au-boutiste, ce modernisme infecte toujours l’Église québécoise et l’Institut de formation théologique et pastorale du diocèse de Chicoutimi.]

La première erreur : la foi anthropocentrique

La première erreur des signataires de cette lettre que nous tenons à soulever est le concept de foi anthropocentrique, centrée sur l’homme plutôt que sur Dieu qui est la fin sublime de l’homme, le commencement de toute chose. En effet, la foi est centrée sur la quête de sens de l’homme; si par hasard l’homme s’éveille à une quête de sens, l’Évangile offre une réponse. Il semble que les adeptes d’un tel éveil aient sous-estimé l’envie de l’homme moderne à s’éveiller à une quête de sens, sinon les églises seraient pleines. De plus, cet éveil conscient de l’homme à une quête, qui le met en marche pour qu’il se réalise est en fait la même erreur que la Conscious Evolution dénoncée par le préfet de la Congrégation pour la Foi, le cardinal Müller, et que du pélagianisme; l’homme peut se réaliser lui-même, il en a les moyens.

Ce qu’enseigne l’Église catholique c’est que Dieu s’est révélé à l’homme à travers différentes manières (ancienne et nouvelle Loi) et suprêmement avec le sacrifice de la Croix auquel chaque sacrifice de la messe pointe. L’homme a les moyens de découvrir ce que Dieu attend de lui par le biais de sa propre raison, c’est ce que l’on appelle la religion naturelle. L’homme ne peut atteindre par ses propres moyens la connaissance de la religion surnaturelle professée par l’Église catholique. Ainsi donc, Dieu s’est révélé. De plus, l’homme ne peut se sauver lui-même; l’éveil à une quête de sens est une grâce que Dieu donne à l’homme pour qu’il se repente de ses péchés et qu’il croie (nous paraphrasons ici N.S. Jésus-Christ, Marc  1 :15). La foi catholique est christocentrique, centrée sur le Christ, comme agneau immolé pour nos péchés sur la Croix, re-présenté à chaque sacrifice de la messe et comme seul nom qui nous ait été donné sous le ciel pour notre salut (Actes 4 : 12).

Deuxième erreur : l’incapacité de «juger» et l’Évangile «moralisateur»

L’Évangile de S. Matthieu, chapitre 7, nous rappelle de ne point juger de peur d’être jugé par ce même jugement. De plus, lorsque l’on juge la paille dans l’œil de l’autre, nous ne voyons pas nous-mêmes la poutre qui écrase le nôtre, nous paraphrasons. Or ce que nous ne pouvons pas juger c’est l’âme du prochain, son cœur (le cœur qui est un synonyme de l’âme dans les Écritures).

Il est d’ailleurs vrai que «les Évangiles regorgent d’exemples où Jésus de Nazareth dénonce le sentiment de supériorité des autorités», mais seulement pour en établir une autre! C’est la juste supériorité du Seigneur sur les hommes, n’oublions pas que vos voies ne sont pas les Miennes disait Dieu à Isaïe. Mais comme à leur habitude, les modernistes de ce siècle n’affirment que des demi-vérités, celles qui s’accordent bien à leur idéologie.  Jésus a réclamé toute autorité dans les Évangiles, et s’ils dénoncent l’ardeur, la dureté du cœur et la méchanceté du jugement des hommes, c’est que c’est Lui qui jugera l’humanité. Cette dénonciation de Jésus n’est pas une licence pour permettre toute sorte de comportement et ainsi rendre tout homme incapable de juger quoi que ce soit (dont les conclusions logiques sont plutôt effrayantes), mais bien un rappel que le jugement qui compte vraiment, le Dernier, c’est à Jésus-Christ qu’il appartient.

De plus, nous tenons à rappeler que bien que le jugement du cœur est interdit pour les chrétiens, le jugement des erreurs commises ou crues lui est permis et même requis. Jésus possède toute autorité pour juger (Matthieu 28 : 18-20), et les cœurs et les actions, et Il a donné une certaine autorité à sa Sainte Église pour retenir et de délier des péchés et aussi une autorité pour enseigner Ses Commandements (ibid.). Il est donc convenable que l’Église puisse en matière de foi et de morale, matières dont elle bénéficie de l’infaillibilité, juger de la justesse d’un comportement ou d’une croyance pour mener une vie chrétienne plaisante à Dieu. Les épîtres de Paul regorgent d’exemples où ceux qui enseignent des erreurs et malmènent les brebis du Christ sont rebutés, dénoncés et une sentence a été donnée sur leurs idées (et oui elles ont été jugées).

Il est toutefois approprié de rappeler que la vérité doit être cuisinée dans la charité jusqu’à ce qu’elle goûte sucrée pour paraphraser S. François de Sales. Le véritable amour ou la véritable charité est certes miséricordieuse, mais elle est aussi exigeante. Ainsi une charité qui laisserait les hommes dans leurs ténèbres, ou pire, qui les confirmeraient dans leurs ténèbres ne saurait être vraie. Quelle tragédie que de laisser les âmes des hommes mourir dans leurs erreurs! Où est la véritable joie de l’Évangile pour le retour d’un pécheur à la maison de son Père? Il nous semble que cette véritable joie évangélique, celle du retour et du salut d’une âme, n’est pas cette joie naïve pour tout activisme social qui transpire de l’esprit de Vatican II.

Troisième erreur : la fausse théologie du dialogue et le relativisme

«Depuis le Concile Vatican II (1962-1965), le positionnement de l’Église catholique face au monde n’en est plus un de supériorité et de condescendance mais bien de dialogue et de réciprocité.»

Cette fausse théologie du dialogue est une erreur qui s’est répandue de manière effarante depuis le Concile. Cette attitude démontre un abandon de la foi catholique et mène inévitablement à une relativisation de la Foi. Il est de l’enseignement immémorial de l’Église que d’affirmer que l’Église catholique romaine est la seule barque, la seule arche de la Foi présente sur la terre. Autrement, la Vérité indivisible serait dispersée à travers une cacophonique d’«églises» qui ne s’entendent pas sur les mêmes principes, n’ont même pas le même livre saint, etc. C’est un dialogue stérile que celui qui veut amener l’Église catholique à un milieu, à un terrain neutre avec les autres communions ecclésiales. Ce dialogue sème la confusion chez les catholiques et ne se montre pas convaincant pour personne; en fait, il confirme les hérétiques et les schismatiques dans leurs positions.

Ces erreurs modernistes sont dénoncées par le Magistère de l’Église. Nous ne rappellerons pas ici la dénonciation magistrale de saint Pie X dans Pascendi Dominici Gregis, nous savons bien que l’on nous reprocherait de citer un pape soi-disant prompt aux anathèmes dont la voix fut une exception; mais pour bien démontrer la continuité de l’enseignement de l’Église et la confusion de Vatican II, nous rappelons la voix de Pie VIII à propos de l’indifférentisme :

«Voilà où tend cette horrible conspiration des sophistes de ce siècle, qui n’admettent point de différence entre les professions de foi; pensent que chaque religion offre à tous un port de salut», Traditi humilitati 1829, §4.

Et aussi la voix claire de son prédécesseur, Léon XII :

«Il est vrai que cette erreur n’est point nouvelle : mais de nos jours elle se déchaîne avec plus d’audace contre la stabilité et la pureté de la foi catholique; car Eusèbe rapporte, d’après Rhodon, que celle folle idée avait déjà été propagée par un certain Appelle hérétique du IIe siècle qui soutenait qu’il ne fallait pas approfondir entièrement la foi; mais que chacun devait demeurer ferme dans l’opinion qu’il s était une fois formée. Appelle affirmait que ceux-là devaient être sauvés qui auraient mis leur confiance en Jésus Christ pourvu toutefois que la mort les surprit dans les bonnes œuvres. Rétorius également, au rapport de saint Augustin, publiait inconsidérément que tous les hérétiques marchaient dans la bonne voie et racontaient des vérités : assertion tellement absurde ajoute le Saint Père que je la regarde comme incroyable. Or ce système d’indifférence s’est tellement fortifié et répandu qu’il soutient impudemment que, non seulement toutes les sectes qui sont hors de l’Église, et qui admettent seulement de bouche la révélation comme la base et le fondement de la Religion, marchent dans la bonne voie; mais encore toutes les sociétés qui après avoir rejeté la révélation divine professent le pur déisme et même le pur naturalisme.», Léon XII, Ubi primum 1824, §12

Conclusion

Nous terminons en rappelant qu’il faille se souvenir que le Saint-Esprit nous aime d’un amour presque jaloux et qu’une vraie charité et une vraie miséricorde ne sont pas de confirmer les ténèbres dans lesquelles se trouvent les gens, mais de les combattre. Les mots de saint Jacques (chapitre 4 : 4-5) sont à ce propos empreints d’une véritable passion :

«Adultères, ne savez-vous pas que l’amour du monde, c’est la haine de Dieu? Celui-là donc qui veut être l’ami du monde se constitue ennemi de Dieu. Ou bien pensez-vous que l’Écriture dise en vain : C’est jusqu’à l’envie que désire l’esprit qu’il a fait habiter en nous?»

 

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Une réflexion sur “Réplique à la lettre moderniste de l’Institut de formation théologique et pastorale du diocèse de Chicoutimi

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