Comment la messe traditionnelle revint à Trèves

La fameuse Porta Nigra de Trèves

La fameuse Porta Nigra de Trèves

[Par M. Stefan Schilling]

Un médecin allemand relate la manière dont il tomba en amour avec la liturgie traditionnelle et comment il fut entraîné dans une décennie de lutte pour obtenir la permission que la messe soit célébrée dans la ville antique de Trèves, fondée par l’empereur romain Auguste et qui est catholique depuis Constantin. 

Je naquis en 1963, pendant la convocation du IIe concile du Vatican, et je ne fis jamais l’expérience de la liturgie traditionnelle pendant mon enfance. Je grandis dans une bonne famille catholique dans une banlieue moderne près de Mayence (une petite ville dans le centre-ouest de l’Allemagne). Dans la maison de mes parents et dans ma paroisse locale, nous suivions la nouvelle liturgie post-conciliaire de Paul VI.  

Pendant les années 60, notre banlieue était une construction moderne de l’après-guerre et nous n’avions pas d’église des années durant. À la place, nous utilisions un presbytère local pour la messe et les carnavals. Il n’y avait pas d’espace sacré dans notre village. Dans le presbytère, nous n’avions que des chaises, pas de bancs et bien sûr il était impossible de s’agenouiller. On nous disait qu’il n’y avait pas d’argent disponible pour construire des églises dans le diocèse de Mayence.

Vers la fin des années 70, j’allai à l’école secondaire diocésaine à Mayence et je n’ai pas souvenir d’avoir entendu qui que ce soit critiquer l’énorme bouleversement liturgique suivant le Concile. Après l’école, j’étais impliqué avec les Scouts catholiques où nous étions encouragé à «utiliser notre créativité», inventant nos propres liturgies. Personne ne questionna la «nouvelle» liturgie, ni ma famille ni personne de mon entourage. Il n’y avait tout simplement pas d’autre variante liturgique.

Quand j’étais un petit peu plus vieux, je commençai à questionner cette liturgie avec laquelle j’avais grandie. Il me semblait que ce nouveau rite n’était pas tant à propos du culte que de mettre le prêtre à l’avant-scène accompagné des laïques qui étaient «sélectionnés» pour participer à la liturgie.

Dortoir des moines à Kloster Eberbach dans la vallée du Rhin

Dortoir des moines à Kloster Eberbach dans la vallée du Rhin

En fait, il me semblait que dans le nouveau rite le focus approprié sur la Sainte Messe avait été perdu depuis longtemps. On ne nous permettait qu’un bref moment de prière personnelle silencieuse ou qu’un court moment pour exciter cette paix intérieure si importante au culte. Dans le nouveau rite en Allemagne, chaque moment devait être empli d’actions.

Ensemble, avec d’autres étudiants, je devins de plus en plus intéressé à faire l’expérience d’un culte plus calme, plus prévisible, plus «vrai» comme on le retrouve dans la messe ancienne où les actions des personnes sont au second plan et Dieu est ramené à sa place légitime, c’est à dire au centre.

De temps en temps, nous, étudiants, conduisions à une paroisse à Kiedrich, une bourgade médiévale pittoresque entourée de vignobles le long du Rhin. Dans cette simple paroisse rurale, l’église avait maintenue une schola cantorum depuis plusieurs années. Les jours de fête et des Saints étaient célébrés avec la solennité appropriée.

À cette époque, je décidai de ne plus recevoir la Communion dans les mains. Ma croyance en la Présence réelle était trop forte pour que je cautionnasse les nombreux abus que j’avais observés dans la pratique de la communion dans les mains.

À la suggestion d’un de mes amis, j’allai pour la première fois à la Sainte Messe selon le rite traditionnel dans une paroisse près de Francfort. Je regardais avec joie le célébrant manipuler le Corps du Christ avec révérence, cohérence et conviction. Avec son utilisation précautionneuse du corporal, sa ferme étreinte de l’hostie, de la conversion à la purification, sur la patène et en administrant la communion sur la langue, il n’y avait pas besoin d’explication quant à la Présence réelle. De part ces nombreux gestes et signes, il était clair pour tous ceux présents que le Corps du Christ était véritablement et substantiellement dans l’hostie.

J’ai le souvenir que de m’être dis à moi-même que cette forme, dans ses actions, suivait parfaitement le contenu de notre Foi. Ce n’est seulement que bien après que je tombai sur le concept de lex orandi lex credendi,  la notion voulant que la «loi de la prière détermine la loi de la foi» et qu’alors les actions extérieures modèlent notre attitude intérieure.

Je fus tout aussi impressionné par l’orientation commune pour la prière au sein du rite traditionnel. C’est-à-dire que le rite traditionnel ne place pas le prêtre au centre de l’action, bien qu’il faille admettre,qu’il y a beaucoup de prêtres qui ne recherchent pas une telle attention.  À la place, son rôle s’apparente plus à celui de la personne qui mène une procession lors de la fête d’un village.

Finalement, il y a le silence, en particulier lors de cette partie centrale de la messe; là où nous sommes vraiment appelés à prier avec le célébrant. J’étais si ravi que ma prière personnelle ne fusse pas un affront aux autres. Le Saint des saints était le seul focus de cette messe; pas la personne du prêtre ni les performances des liturgistes amateurs.

Là, je me sentais spirituellement en sécurité et à la maison. Petit à petit, j’en venais à aimer de plus en plus cette liturgie, malgré le fait qu’une messe traditionnelle était difficile à trouver en ce temps là, pour moi et pour n’importe qui en Allemagne! Pour moi, cette liturgie touchait ma vie intérieure; c’est quelque chose qui est difficile de décrire avec des mots. Peut-être cela est-il l’expérience de ce que l’on appelle la «grâce».

Messe traditionnelle lors du Congrès eucharistique à Cologne organisé par la Société Pro Missa Tridentina

Messe traditionnelle lors du Congrès eucharistique à Cologne organisé par la Société Pro Missa Tridentina

À travers les ans, je me suis souvent demandé pourquoi les catholiques ne sont-ils pas autorisés à assister aux deux liturgies. L’interdiction de facto du rite traditionnel m’irritait et ce d’autant plus que pas mal tout ce qui peut exister comme «préférence» liturgique était permise voire encouragée.

Par exemple, je suis quelque peu chagriné par le fait que le séminaire du diocèse de Trèves, une communauté catholique importante depuis le temps des Romains, organisa un «culte techno» pour célébrer le nouveau millénaire en l’an 2000. Le chant de sortie était un hit allemand dont le titre était «No Angels» [Pas d’anges], chanté en présence de l’évêque et du clergé diocésain. (Pardonnez-moi cette expression très américaine, mais «on ne peut pas inventer cela»].

Liturgiquement parlant, en Allemagne tout semblait possible. La seule et unique exception à cette règle était toute permission pour la liturgie traditionnelle. Celles-ci furent traitées comment si elles étaient indécentes voire répréhensibles.

J’en fis l’expérience après avoir reçu mon diplôme de médecine et avoir établi ma famille à Trèves en 1993. C’était à ce moment que j’approcha feu Monseigneur l’évêque de Trèves pour demander la permission d’avoir une indultmesse [messe selon l’indult de 1984]. L’évêque n’en voyait pas le besoin.

Grâces soient rendues à Dieu pour les bons prêtres et mêmes les municipalités de Trèves où nous pouvions assister à une messe «ordinaire» de Paul VI célébrée avec révérence. Notre famille trouva une telle communauté et mes trois filles y furent baptisées. Pendant ces années, notre famille vécu avec les deux formes du rite romain, la forme ordinaire et extraordinaire. Pendant plusieurs années, nous dûmes conduire de nombreux kilomètres pour faire cela.

Quand le nouvel évêque (maintenant cardinal), Mgr Marx, de Trèves fut installé en 2002, je renouvela ma demande pour la célébration de la Sainte Messe selon le rite traditionnel dans le diocèse. Pendant notre correspondance subséquente, je parvins à rassembler plus de 300 signatures soutenant ma demande. Après deux ans de minutieuse correspondance avec le département de consultation du Diocèse, permission fut accordée à la fin de 2004 pour une seule indultmesse devant être célébrée les dimanches et jours de fêtes à Trèves. Par contre, la permission était conditionnelle à l’observation de plusieurs restrictions de temps, d’espace, etc.

Ceci se produisit 11 ans après ma première demande faite à l’évêque de Trèves.

Malgré les restrictions établies, je suis heureux de rapporter que la réponse à la messe traditionnelle est telle que le Diocèse a accepté d’affecter un prêtre au ministère pastoral selon la forme extraordinaire au sein du diocèse de Trèves. Bien sûr nous nous réjouissions du Motu proprio du Saint-Père concernant la liturgie traditionnelle pour lequel nous avions tant prié. Dans le diocèse de Trèves, nous espérons et nous nous attendons à un futur de normalité pour l‘usus antiquor du seul et unique rite romain.

Source: Regina Magazine
Traduction: Notions romaines

 

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