Paul VI: un pape de contradictions

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[Par M. Peter Kwasniewski]

Il y a cinquante ans, la Constitution sur la liturgie sacrée, Sacrosanctum Concilium, de Vatican II, était promulguée par le Pape Paul VI et la presque totalité des Pères de l’assemblée conciliaire. Ayant considéré le flagrant décalage entre ce que la Constitution dit et ce qui est devenu son héritage, on ne peut s’empêcher de tourner nos réflexions vers lui, le Pape qui, d’une part, insista contre les innovateurs pour retenir le vénérable canon romain dans le rite latin, et d’autre part approuva la plus radicale reconstruction liturgique que l’Église ait connue.

Il ne fait aucun doute que Paul VI est une figure complexe et difficile. C’est une chose que de pratiquer la vertu et souffrir du rejet et de l’opprobre, comme l’a fait Notre Seigneur Jésus-Christ, l’ultime «signe de contradiction», et son vicaire, Paul VI, l’a, en certaines occasions, fait aussi. Humanae Vitae est l’exemple le plus éclatant même si les enseignement de cette encyclique furent rejetés par la vaste majorité de catholiques selon les sondages. Par contre, c’est une autre chose que d’avoir entrepris une démarche révolutionnaire qui a mené, par un effet d’avalanche, à la confusion, au désarroi, à l’abus, à l’amnésie, à la rupture et à l’infidélité. Lui-même ne souhaitait pas de tels effets et malgré tout ils se matérialisèrent et en abondance, occasionnés et même soutenus par certaines de ses actions.

Nous pouvons voir le problème à l’oeuvre dans deux citations. Dans un discours du 29 octobre 1964 au Consilium (le groupe auquel fut confié le renouveau et la révision de la liturgie), Paul VI dit:

«L’implémentation appropriée de la Constitution liturgique requiert de vous que le  »nouveau » et  »l’ancien » soit réuni dans un lien qui soit à la fois beau et convenable. Ce qui doit être évité à tout prix en cette matière est que l’enthousiasme pour le  »nouveau » n’excède sa juste mesure résultant alors en une considération insuffisante ou en un entier abandon du patrimoine de la liturgie héritée. Une telle ligne de conduite déficiente ne devrait pas être appelée renouveau de la liturgie sacrée, mais un renversement de celle-ci. En fait, la liturgie démontre une similitude avec un robuste arbre, dont la beauté montre un renouveau continu de ses feuilles, mais dont la fécondité témoigne de la longue existence du tronc qui agit par le biais de ses racines profondes et stables. En matière liturgique donc, il ne devrait avoir aucune opposition réelle entre l’âge présent et les âges passés; mais tout devrait être fait selon que, quelque soit l’innovation, elle soit cohérente et en concorde avec la solide tradition qui la précède; et que des formes existantes, de nouvelles grandissent comme si elles fleurissaient spontanément de celles-ci.»

Ceci semble équilibré et animé par des principes, mettant l’accent sur ce que nous appellerions aujourd’hui l’herméneutique de continuité; et ce passage met doucement en garde contre toute ligne de conduite qui compromettrait ou diluerait le patrimoine liturgique dont nous avons hérité ou qui créerait des nouveautés et des perturbations. Mais voilà, le même Pape prononçant ses mots juste avant la promulgation du nouveau Missale Romanum, le Novus Ordo Missae, trois ans après, le 30 novembre 1969 [sic]:

«Nous pouvons faire remarquer que ce seront les personnes pieuses qui seront les plus dérangées. Elles avaient leur façon respectable de suivre la messe; elles se sentiront maintenant privées de leurs pensées habituelles et obligées d’en suivre d’autres. […] Ce n’est plus le latin, mais la langue courante, qui sera la langue principale de la messe. Pour quiconque connaît la beauté, la puissance du latin, son aptitude à exprimer les choses sacrées, ce sera certainement un grand sacrifice de le voir remplacé par la langue courante. Nous perdons la langue des siècles chrétiens, nous devenons comme des intrus et des profanes dans le domaine littéraire de l’expression sacrée. Nous perdrons ainsi en grande partie cette admirable et incomparable richesse artistique et spirituelle qu’est le chant grégorien. Nous avons, certes, raison d’en éprouver du regret et presque du désarroi. Par quoi remplacerons-nous cette langue angélique ? Il s’agit là d’un sacrifice très lourd.» [NDLR: Audience générale, 26 novembre 1969, transcription française ici.] hc-paul-vi-june-21-1963-august-6-1978-20130312

Est-ce toujours le même homme, le même penseur, le même pape? Dans le premier discours, il exhorte le groupe d’experts à adopter la continuité comme principe directeur; dans le deuxième, il s’excuse aux gens pour l’énorme rupture à venir et qu’il justifie par des besoins «pastoraux». Comment des besoins «pastoraux» authentiques peuvent-ils être opposés à de vrais principes théologiques et liturgiques? Comment abandonner l’éventail de la tradition peut-il constituer une réponse aux enseignements de Vatican II, qui non seulement réaffirma la place du latin dans la liturgie, mais exalta la place du chant grégorien comme aucun autre concile auparavant?

Un pape de contradictions. Il louange le latin et exhorta sa préservation dans plusieurs de ses discours, mais il a en même temps approuvé et défendu sa quasi abolition. Il a défendu le lien indissoluble entre les propriétés procréatrices et unitives de l’acte marital, mais il a aussi ouvert la voie à une acceptation grandissante de la sécularisation et de la laïcité dans les relations avec les gouvernements modernes et les Nations Unies, des institutions qui sont devenues violemment anti-mariage et anti-famille. Paul VI a pleuré lors de l’ouverture de la première clinique d’avortements à Rome, mais en ne résistant pas vigoureusement à la modernité et toutes ses pompes et ses œuvres, il a contribué à un environnement au sein duquel une clinique d’avortements n’était plus une abomination impensable pour le peuple de Rome; mais bien un signe de progrès moderne. Il s’est lamenté, par cette désormais célèbre expression, que la fumée de Satan ait, d’une certaine manière, entrée dans le temple de Dieu; mais il avait laissé tellement de fenêtres grandes ouvertes à une vision du monde profane et anti-chrétienne qu’il n’aurait pas dû être surpris de voir un peu de la fumée de Satan s’infiltrer.

Ce que nous avons vu au cours des pontificats de Jean-Paul II et Benoît XVI fut un effort héroïque pour fermer et verrouiller certaines de ces fenêtres, de restaurer beaucoup de ce qui avait été rejeté ou oublié, de réorienter les fidèles vers le Bien sans d’enseignement moral ambiguë, de nous mener à la Vérité avec une doctrine théologique profonde et précise et de conquérir nos cœurs à la Beauté par un renouveau de la liturgie sacrée et les beaux-arts. Les innovations sans substance et la rude expérimentation caractéristiques des années 60 et 70 ont commencé à s’effondrer alors que l’identité catholique des fidèles fut revigorée.

Nous sommes à un croisement des chemins décisif; les partisans d’un héritage de rupture sont toujours nombreux et forts et malgré que le momentum de catholiques jeunes et éduqués n’est désormais plus avec eux, il y a toujours des structures qui perpétuent les erreurs et les faux pas du passé, et il y a aussi une combinaison d’ignorance et d’indifférence généralisées qui aide toujours le status quo a demeuré le status quo.

Jamais l’enseignement patient de la doctrine catholique orthodoxe et la fervente pratique du culte catholique traditionnel n’ont été aussi forts qu’ils ne le sont maintenant alors que la transmission même de la doctrine et l’essence même du culte sont en jeu, éléments qui furent jadis pris pour acquis. Nous ne pouvons pas renverser les actions et les erreurs des bergers passés, mais nous pouvons propager la bonne doctrine et le modèle solide qui nous furent donnés par la tradition et nos meilleurs bergers. Ceci est notre travail décisif et irremplaçable en ces temps d’épreuves, en cette saison de grâce.

Source: New Liturgical Movement
Traduction: Notions romaines

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