La dévotion envers la messe traditionnelle n’est pas une vogue ni une «mode»

Messe traditionnelle célébrée dans le cadre des JMJ de 2013 à Rio

Messe traditionnelle célébrée dans le cadre des JMJ de 2013 à Rio

[Par Mme Susanna Spencer]

Lors d’un de mes fréquents coups d’œil à mon fil de nouvelles sur mon Facebook, je suis tombée sur un lien vers un blogue catholique traditionnel, Rorate Caeli. Celui-ci a publié une déclaration du Pape à l’archevêque Jan Graubner d’Olomouc. Le passage original est en tchèque, mais il a été traduit par un lecteur de Rorate Caeli:

Mgr Jan Graubner: «Lorsqu’il a été question de ceux qui sont contents de l’ancienne liturgie et qui reviennent vers elle, il était clair que le pape parle avec grand amour, avec attention et affection envers chacun, pour ne blesser personne. Malgré cela, il s’est exprimé de manière assez forte, quand il a dit qu’il comprend chez l’ancienne génération qu’elle retourne vers ce qu’elle a vécu, mais qu’il ne peut pas comprendre la jeune génération qui se tourne vers elle. «Quand je me pose la question plus concrètement – a ajouté le pape – je conclus que c’est une sorte de mode. Et puisque c’est une mode, c’est une chose qui passera, à laquelle il ne faut pas tellement faire attention. Mais il faut garder de la patience et de la bienveillance envers ceux qui sont tombés dans cette mode. Cependant je pense qu’il faut aller au fond des choses, parce que tant que nous n’irons pas au fond, aucune forme liturgique ne nous sauvera, ni l’une, ni l’autre.» [NDLR: En français nous utilisons la traduction de l’abbé de Tanoüarn] 

Plusieurs jeunes traditionalistes prennent cette déclaration comme un affront, la percevant comme un rejet d’une part vitale de la tradition de l’Église, mais je me demande si le Pape François ne comprend tout simplement pas «la jeune génération qui se tourne vers elle». Faisant moi-même partie de cette jeune génération qui apprécie profondément et préfère la forme extraordinaire ou la messe traditionnelle (FE pour le reste de l’article) et le rite traditionnel des sacrements, il est clair que le Pape ne comprend pas. Je crois qu’un mot plus juste pour décrire ce phénomène serait celui de «tendance» (qui est aussi un synonyme de «mode»). Il semble que la dévotion des jeunes catholiques pour la FE est une tendance, mais plusieurs dévotions commencent comme des «tendances». Quelqu’un commence à faire quelque chose et il le partage avec un ami et puis, tout à coup, plusieurs personnes prient une certaine prière. C’est de cette façon que la tradition fonctionne au sein de l’Église. Quelque chose devient popularisé et parfois devient universel.

Néanmoins, je ne décrirais pas mon amour et ma dévotion pour la FE comme une lubie de ma jeunesse ou une «addiction». Je décrirais le changement qui se produisit chez moi plutôt comme une révélation. Par le biais de mes études théologiques, je pris conscience de la profondeur de la tradition liturgique qui fut négligée dans mon catholicisme de naissance. Ceci sembla être quelque chose de si important, si partie prenante de l’Église et personne ne m’en avait parlé. Je me rappelle du livre de Néhémie quand les Israélites, de retour d’exil, reconstruisent la cité et alors ils lisent la Loi pour la première fois de leurs vies:

Esdras ouvrit le livre à la vue de tout le peuple, car il était élevé au-dessus de tout le peuple; et, lorsqu’il l’eut ouvert, tout le peuple se tint debout. 
Esdras bénit Yahweh, le grand Dieu, et tout le peuple répondit en levant les mains : « Amen! amen! » Et ils s’inclinèrent et se prosternèrent devant Yahweh, le visage contre terre. 
Et Josué, Bani, Sérébias, Jamin, Accub, Sépthai, Odias, Maasias, Célita, Azarias, Jozabed, Hanan, Phalaïas et les lévites instruisaient le peuple de la loi, et chacun restait à sa place. 
Ils lisaient distinctement dans le livre, dans la loi de Dieu, et ils en donnaient le sens, et l’on comprenait ce qui était lu. 
Et Néhémie, le gouverneur, Esdras, le prêtre et le scribe, et les lévites qui instruisaient le peuple, dirent à tout le peuple : « Ce jour est saint pour Yahweh, votre Dieu ; ne soyez pas dans le deuil et dans les larmes. » Car tout le peuple pleurait en entendant les paroles de la loi(Néhémie 8: 5-9, Bible Crampon).

Et j’eus du chagrin après que la tradition me fut expliquée à travers différents écrits et par mes professeurs d’études supérieures.mantilla-300x231

J’eus du chagrin pour la perte de la richesse de la liturgie traditionnelle dans ma vie et celle de l’Église et pour un temps je ne pouvais plus m’en passer. Je ne voulais qu’y assister et y absorber toute sa beauté. J’ai rencontré Dieu d’une manière bien plus profonde que lorsque je priais à des réunions charismatiques. J’entrai dans une relation personnelle [avec Dieu] plus profonde avec la structure de l’ancienne liturgie. Je me rappelle des liturgies où j’avais la charge d’un petit enfant et tout ce que je pouvais faire était de m’asseoir, regarder et écouter, mais j’étais élevée par la beauté de la musique liturgique composée à un moment donné au cours de l’histoire ancienne de l’Église. Je me sentais dirigée par le prêtre, le diacre et le sous-diacre et les servants de messe alors qu’ils accomplissaient la dance liturgique de la FE. D’arpenter l’arrière de l’église avec un enfant, je me trouvai à genoux au sanctuaire et je reçu Dieu dans ma bouche. La tradition m’attirait. Ce n’était pas à propos de moi, mais bien à propos de la tradition.

Je devins une détractrice au cœur endurci de tout ce qui n’était pas traditionnel. Nous assistions à la forme ordinaire lors des messes en semaine et je me scandalisais à chaque liturgie qui ne suivait pas parfaitement les rubriques ou qui utilisait des ministres extraordinaires de la sainte Communion ou d’autres choses qui me semblaient être absolument contraires à la tradition. J’eus tort de penser de cette manière. C’était blessant pour moi-même et pour mes confrères catholiques. Je m’excuse maintenant à l’Église et à mes confrères catholiques pour avoir eut de tels jugements. Je demande votre pardon et votre compréhension.

Il me fallut cinq ans pour passer le choc initial de mon introduction à la FE; cinq ans pour voir de la beauté dans la forme ordinaire. J’ai trouvé une manière de comprendre les autres et de me rappeler qu’il y a tellement plus que la liturgie à laquelle nous assistons dans notre relation avec Dieu. Que nous assistions à la messe dominicale est crucial pour notre relation avec Dieu et l’Église; quant à laquelle des messe nous assistons cela est aussi universelle que l’Église.

Et cela ne me dérange pas de penser que les jeunes, comme moi, fassent partie d’une tendance. Les femmes qui arrêtèrent de porter la mantille à l’Église commencèrent comme une tendance. Des laïques recevant la communion debout et dans les mains commencèrent comme une tendance; mais cela n’arrêta pas le Pape Benoît XVI de nous donner un exemple de la tradition ancienne en distribuant la communion sur la langue et à genoux. J’ai grand espoir que tant de traditions seront renouvelées, si Dieu le veut. Et cela se produira seulement par des tendances. Alors, si le renouveau de la liturgie est la volonté de Dieu, laissons-la commencer comme une tendance ou même comme une «mode» et peut-être que cette «mode» nous rapprochera de Dieu et nous sauvera.

Source: Truth and Charity
Traduction: Notions romaines

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