Rome, Genève et le terreau fertile de l’Incarnation

La Nativité

La Nativité

[Par M. Jason Stellman]

J’aimerais résumer quelques uns des points que j’ai avancés dernièrement à propos de l’accent mis par l’Église catholique sur le mystère de l’Incarnation du Fils de Dieu et des raisons pourquoi ce dogme est plus endogène au contexte catholique que protestant.

1.S’il y a un lien entre christologie et ecclésiologie (hum, allo? L’Église est le Corps duquel le Christ est la Tête, alors je qualifierais ceci comme étant n’étant pas controversé), alors l’idée que le Fils éternel a assumé la nature humaine et a pris un vrai corps, en chair et en os comme le notre, est plus adéquat dans un paradigme d’Église visible que dans un paradigme d’Église invisible. Le corps physique du Christ était visible. On pouvait le pointer du doigt dans une foule, l’identifier en l’embrassant comme Judas l’a fait pour les soldats romains. De la même manière, le paradigme catholique postule une Église qui est aussi identifiable (dans le même sens que: «regarde, elle est là») que le corps physique de Jésus de Nazareth.

Le protestantisme, au contraire, postule une Église invisible qui est plus ou moins visible dépendamment des circonstances. Plus l’Église est pure – qu’elle soit universelle ou locale – plus elle est visible. Quand elle tombe dans l’impureté, sa visibilité s’estompe. Comme les frères et sœurs de Marty McFly dans Retour vers le futur, l’Église visible du paradigme protestant peut commencer à disparaître une minute pour réapparaître la suivante. Si cette dynamique de la soi-disant Église protestante visible était appliquée au corps de Jésus de Nazareth, nous aurions une christologie plus docète qu’orthodoxe.

2. Une dynamique similaire existe dans la compréhension protestante de la présence du Christ dans l’Eucharistie. Est-ce que le Christ est présent à la Table ou non? Comme pour la question, «est-ce que l’Église est visible ou non», la réponse est «cela dépend». Si le fidèle a les bonnes dispositions, alors oui, il est en effet nourri spirituellement et véritablement au corps et au sang du Christ. Mais s’il n’a pas les bonnes dispositions, alors ce qu’il mange et boit n’est pas le corps et le sang du Christ, mais bien du simple pain et vin. Cela aussi sent le docétisme; comme si Jésus de Nazareth aurait pu être présent avec Zachée, partiellement présent avec Nicodème, et complètement absent avec Judas, même si ils étaient tous en face de lui dans la chair. Calice-J-sus

3. De plus, le paradigme catholique permet de mieux saisir l’Incarnation par son Évangile démontrant le besoin pour la continuelle humanité du Christ. Si le salut consistait en grande partie (presque exclusivement en écoutant certains protestants) à l’imputation juridique, voire médico-légale de l’obéissance passive et active du Christ au moyen de laquelle le pécheur est justifié devant la cour divine, alors le besoin pour l’humanité de Jésus peut être considéré comme ayant expiré après l’ascension.

Mais si, comme le soutient l’Église catholique (faisant écho aux Pères de l’Église), le salut consiste principalement en la participation déifiante de l’humanité dans la nature divine, qui se produit par le biais de l’humanité glorifiée du Christ et de sa chair ressuscitée,  alors ce qui est arrivé lors de l’Incarnation est beaucoup plus important que ce que les protestants pensent.

Le Fils n’a pas revêtu la chair pour la rémission des péchés seulement pour s’en départir plus tard, mais il existe plutôt pour toujours dans cette chair glorifiée. Les protestants, bien sûr, seront d’accords avec cette déclaration. Mais l’accent médico-légal avancé par l’Évangile des protestants et leur anxiété devant tout ce qui pourrait impliquer une participation ontologique dans la Divinité, ne fait que démontrer que le mystère de l’Incarnation sied plus au contexte catholique.

En fait, l’insistance selon laquelle la seule intersection possible entre l’homme et la divinité est par le biais d’alliances et non pas par une participation ontologique n’ignore pas seulement l’Incarnation (qui, à mon avis, ressemble assurément à une rencontre de l’humain avec la divinité), mais rejette aussi ce dogme dans son intégrité. Je veux dire, s’il est vrai que Dieu et l’homme ne se rencontre que par le biais d’alliances et non ontologiquement, alors il s’ensuit que soit l’Incarnation n’était pas voulue comme un pont entre la divinité et l’humanité ou soit que le Fils a seulement assumé son humanité par alliance et non ontologiquement (ce qui, bien sûr, écorche l’Incarnation au point de non-retour).

Il me semble alors que même si les protestants et les catholiques affirment célébrer la même chose, le dogme de l’Incarnation trouve un terreau beaucoup plus fertile au sein du terreau romain que de celui de Genève.

Source: Creed Code Cult [blogue de M. Stellman]
Traduction: Notions romaines

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