Un discours à faire

[Par M. l’abbé John Hunwicke]

Il est clair que notre Saint Père le Pape François parle beaucoup. Selon mon opinion, une question à laquelle nous devrons faire face est celle du statut de ses déclarations vis-à-vis du Magistère.

Ceci n’est pas un problème entièrement nouveau. C’était un problème rampant lors du dernier pontificat. Benoît XVI ne détestait pas donner des entrevues, de manière officielle,  aux journalistes lors de ses vols (une de ces entrevues a menée au chahut quand des journalistes anxieux d’avoir un scoop ont, par ignorance, mal interprété ses paroles et l’ont dépeint comme laissant entendre que les condoms étaient moralement acceptables). Nous sommes déjà très loin de la reculée et élevée, presque divine, attitude assumée par Pie XII et son canari! Auparavant, je crois, les papes donnaient aussi des entrevues officieuses aux journalistes. Mais nous avons maintenant un Pontife romain qui ne déteste pas le son de sa propre voix résonnant sur la place publique; ainsi la quantité de bavardage émergente de Rome augmente exponentiellement. 

Un Pontife romain a un statut auguste et ses déclarations, dépendamment de leur solennité, demandent différents niveaux d’assentiment et de respect. Toutefois, ni tout ce qu’il dit ou écrit ne fait nécessairement partie du Magistère papal. Benoît XVI a tenu à le mettre au clair dans son introduction à sa superbe œuvre en trois volumes sur Jésus de Nazareth. Un problème additionnel avec les déclarations du Pape François est qu’elles sont la plupart du temps, en ce qui me concerne, tellement plus difficile à comprendre que les déclarations lucides et simples de Papa Ratzinger. (J’ai une vague, et je l’espère, pas trop irrévérencieuse suspicion que le jeune Bergoglio n’a pas passé autant de temps à pratiquer à l’école ses habiletés en composition de prose latine; un formidable apprentissage en formulation de pensées et d’expressions claires, comme l’a fait le jeune Ratzinger.)

Comme beaucoup de gens et beaucoup de lecteurs de ce blogue [celui de l’abbé Hunwicke], je m’inquiète de mes capacités à en venir à saisir ce pontificat.

De la même manière, je suis tout autant rassuré (et reconnaissant) quand j’entends le cardinal Burke en entrevue avec EWTN. Je n’ai jamais fait de cours complet sur le droit canonique de l’Église catholique et je ne suis pas un vaticanologue. J’étais gêné de ne pas vraiment comprendre le Saint Père et je me sentais complètement perdu concernant le statut de tous ses propos. Soit…le cardinal Burke n’est certes pas infaillible, mais il occupe la plus haute fonction juridique de l’Église après le Pape lui-même. De part son éducation de canoniste, il a dû avoir une formation en interprétation et analyse de textes. Et, lui-même ne comprend pas ce que le Pape veut dire ou le statut de ses déclarations. Ce n’est pas, comme je l’avais nerveusement craint, seulement ma propre stupidité.

Raymond Burke a trouvé les propos du Pape sur le fait de se retenir de trop parler de l’avortement plutôt difficiles à interpréter. Peut-être plus important encore est ce qu’il a dit à propos du statut de l’exhortation apostolique Evangelii Gaudium. Il ne savait pas «comment la décrire exactement». Elle lui semblait «une sorte distincte de document». Le Pape, a dit Burke, l’a décrite comme des réflexions, des suggestions, des directives. Le Pape, a-t-il dit, «n’avait pas l’intention de les comprendre comme faisant parties du Magistère papal», une phrase que le Cardinal a répétée avec beaucoup d’insistance quelques moments après. (Il conclut : «à tout le moins, c’est mon impression».)

Je crois que j’ai raison en disant que pour discerner la gravité d’une déclaration papale, l’on doit l’évaluer selon le poids que le Pape lui donne. Si un canoniste de stature de la haute Curie ne peut détecter clairement des indications quant au statut d’un document, alors il est moralement certain que ce document ne possédait pas de claires indications. En cela, alors, il est approprié pour nous de suivre le cardinal Burke et de comprendre Evangelii Gaudium comme étant les mots non du Summus Fidei Magister, mais de Jorge Bergoglio.

Source: Mutual Enrichment [blogue de l’abbé Hunwicke]
Traduction: Notions romaines

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Une réflexion sur “Un discours à faire

  1. Ping : Notions romaines | Le cardinal Burke sur le programme du Pape François

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