Est-ce que la nouvelle messe est une expression authentique de la Tradition?

[Par M. Joseph Shaw]

Sans connaître chaque détail de la vie interne des Franciscains de l’Immaculée, il est impossible de rendre un jugement complet à propos de la justesse des sanctions canoniques qui leurs sont imposées. Je dois admettre, toutefois, que l’effort d’imaginer un scénario qui pourrait justifier de telles sanctions m’est surhumain étant donné ce qui est connu de leur ministère au moment de la crise actuelle. De plus, certains aspects de ce qui s’est produit sont tout simplement incompréhensibles.

Remerciements à Rorate Caeli pour avoir rassemblé les documents pertinents. Ceci est une partie de ce que le «commissaire», le Père Volpi a dit et fait (le Père Volpi est un capucin qui a été imposé à l’Ordre par Rome pour les réorganiser) :

«Les ordinations diaconales et à la prêtrise sont suspendues pour un an. De plus, les candidats à l’ordination de l’Ordre qui sont en formation doivent personnellement souscrire à une acceptation formelle des points suivants:
*La Novus Ordo [i.e. la nouvelle messe] comme l’expression authentique de la tradition liturgique de l’Église et de ce fait de la tradition franciscaine (sans préjudice à ce que permet le Motu Proprio Summorum Pontificum une fois que le présent décret de veto disciplinaire, ad hoc et ad tempus, est révoqué pour l’Institut), …»

Il y a un problème particulier avec cette phrase «expression authentique de la tradition liturgique de l’Église», une phrase qui va bien au-delà des circonstances des FI et dont nous pouvons discuter de manière objective.

En somme, qu’est-ce que cette phrase veut dire? Comme l’abbé Tim Finigan l’a démontré,  la signification semble ambigüe, entre quelque chose de faible et de pratiquement indéniable – i.e. que la Novus Ordo fut correctement promulguée et est valide sacramentellement – et quelque chose dont des liturgistes des deux côtés, incluant Benoît XVI écrivant comme théologien privé, ont refusé à la nouvelle messe, c’est-à-dire le fait d’être un vrai développement organique de la tradition précédente.

Différentes interprétations sont possibles quand on ajuste sa compréhension de deux mots-clés : «authentique» et «tradition»; deux termes qui ont une panoplie de sens possibles. Si nous comprenons «authentique» dans un sens étroit et légal; et «tradition» au sens large, vous arrivez à la première interprétation. Celle-ci est que la nouvelle messe est légalement liée à la tradition de l’Église d’avoir, disons, une liturgie. L’Église a une tradition d’avoir une liturgie et par décret légal, la nouvelle messe est un exemple de cette tradition.

Prendre «authentique» dans un sens plus large que juste un sens légal, mais plutôt comme «approprié» ou «exact» avec les principes pertinents (liturgiques, historiques, esthétiques) et prendre «tradition» au sens strict de la tradition liturgique romaine comme elle s’est développée jusqu’en 1962, alors cette interprétation devient une question ouverte à savoir si la nouvelle messe est une expression authentique de la tradition. Ceci est assez clairement nié dans ce passage écrit par le cardinal Joseph Ratzinger:

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La réforme liturgique, dans sa réalisation concrète, s’est distanciée elle-même encore plus de ses origines. Le résultat n’a pas été une réanimation, mais une dévastation. À la place de la liturgie, fruit d’un développement continuel, ils ont placé une liturgie fabriquée de toutes pièces. Ils ont déserté le processus vital de croissance et le devenir de ce processus pour y substituer une fabrication. Ils ne voulaient pas continuer le développement, la maturation organique de quelque chose de vivant à travers les siècles et ils l’ont remplacée, telle une production technique, par une fabrication, un banal produit du moment. (Ratzinger dans Revue Theologisches, Vol. 20, Fév. 1990, pp. 103-104)

Encore plus clairement, le liturgiste Klaus Gamber a dit que la nouvelle messe ne pouvait pas être considérée comme le rite romain. Il était bien conscient que la nouvelle messe se considérait comme le rite romain plutôt que le rite ambrosien ou byzantin. Il ne parlait pas de son statut légal, le fait d’être un rite qui pouvait être dit par des prêtres du rite romain et cela pose un problème quand Summorum Pontificum dit que la nouvelle messe et la messe traditionnelle sont les «formes» du rite romain. Gamber soulevait une autre question; celle à savoir que les liturgistes doivent juger si, dans leurs formes et leurs développements, les rites ambrosien, gallican et de Sarum peuvent être appelés «formes» du rite romain ou bien si ils sont des rites séparés. Nous devons juger si la nouvelle messe est suffisamment similaire à la forme classique du rite romain et si elle est connectée par un développement organique à ce rite pour qu’elle soit considérée comme faisant partie de celui-ci. Et elle ne l’est pas, c’est l’évidence même. Elle manque les éléments qui sont si centralement caractéristiques au rite romain qu’un rite qui ne saurait les avoir devrait être catégorisé autrement. Nier cela équivaudrait à dire qu’un vertébré n’a pas besoin d’avoir une colonne vertébrale.

Le livre d’essais dans lequel Gamber a discuté de ces thèses possède une préface du cardinal Ratzinger. Ce n’est donc pas de l’hérésie. En fait, ce n’est même pas non plus un critique décisive contre la nouvelle messe. Peut-être les réformateurs avaient raison de faire ces changements et sont arrivés à quelque chose de meilleur. Plusieurs liturgistes libéraux ont dit exactement cela tout en insistant que c’était une rupture décisive avec la tradition liturgique (au sens strict).

De plus, Summorum Pontificum implique la même chose. La messe traditionnelle y est appelée «la tradition liturgique antérieure, “traditio liturgica antecedens” (article 5)». Cette tradition n’est pas «exprimée» par la nouvelle messe; si elle l’était, les gens qui y sont attachés seraient attachés à la nouvelle messe, ce qui n’est pas le sens du passage. Au contraire, il semble que c’est une tradition liturgique différente. En fait, il y en a deux, une plus ancienne et une plus récente.

Le fait qu’il y a d’importantes différences entre la tradition ancienne et la nouvelle messe est impliqué de manière encore plus importante par ce que dit Summorum Pontificum en affirmant que le missel de 1962 n’a jamais été abrogé («nuquam abrogatam», article 1). Normalement, chaque édition du missel romain est remplacé par la suivante; que cela fut le cas pour le missel de 1962 fut un argument très commun auprès des canonistes avant 2007 et ce fut pour cette raison que l’on crut qu’il fallait un indult ou une permission spéciale pour célébrer la messe traditionnelle. Summorum Pontificum dit que cela ne fut pas le cas. L’explication n’est pas explicite dans le document, mais elle est assez claire. Le missel de 1970 n’est tout simplement pas une nouvelle édition du Missale Romanum comme toutes les précédentes et bien entendu toutes les suivantes. Quelque chose de différent s’est produit : ce fut un nouveau missel au sens d’un nouveau commencement, une nouvelle tradition et ainsi il n’a pas remplacé, exclu ni dérogé le missel antérieur.

Encore une fois, cela ne veut pas dire que la nouvelle messe est pire que la traditionnelle. Nous faisons que reconnaître les faits.

Il est difficile d’essayer d’interpréter ce qu’est l’«authentique expression de la tradition liturgique» en se référant à l’intention de l’auteur, car il est difficile de ne pas penser que l’intention d’ambigüité est délibérée. Ceci, après tout, a été fait avant. Le locus classicus [authentique expression de la tradition liturgique] formule le premier indult international, Quattuor Abhinc Annos (1984) qui demandait :

Qu’il soit établi sans ambiguïté et même publiquement que le prêtre et les fidèles en question n’ont aucun lien avec ceux qui mettent en doute la légitimité et la rectitude doctrinale du Missel romain promulgué en 1970 par le Pontife romain Paul VI.

Qu’est-ce que cela veut bien dire? Qu’est-ce que cela exclu? Est-ce que n’importe quelle discussion théologique sur la liturgie a été rendue impossible par cette demande? Quel heureux hasard que cette demande s’applique seulement à ceux qui assistent à la messe traditionnelle! Tous les autres peuvent continuer à débattre la «légitimité et la rectitude doctrinale» du missel de 1970. Ou, peut-être ceci est une demande tautologique qui se réfère à la promulgation légale du missel de 1970 et la compatibilité avec l’enseignement pérenne de l’Église et de ses textes. Après tout, ne serait-il pas étrange de questionner «l’exactitude théologique» du missel de 1962? Et cela n’implique pas que ce missel ne pourrait pas être amélioré.

Missel de 1962

Missel de 1962

La réalité est que la formulation de 1984 servait les intérêts des gens qui voulaient avoir tout. Cette formulation pouvait être utilisée, dans sa forte interprétation, comme une excuse pratique pour  demander aux prêtres d’arrêter de dire la messe traditionnelle et aux fidèles d’arrêter d’y assister, tout en étant assuré que tout appel à Rome n’irait nulle part. Si questionné en public, l’évêque ou le supérieur pouvait dire avec légèreté qu’aucune personne raisonnable ne pourrait s’objecter à la faible interprétation et que c’est tout ce qu’il pouvait penser de la messe traditionnelle.

Ceci, je crains, peut être ce qui est en train d’arriver aux Franciscains de l’Immaculée. Ils ont besoin de nos prières.

Source: LMS Chairman Blog
Traduction: Notions romaines

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2 réflexions sur “Est-ce que la nouvelle messe est une expression authentique de la Tradition?

  1. Ping : Notions romaines | Nouveau missel saint Isaac Jogues

  2. Quand on voit tous ces textes qui plaident avec insistance pour le retour à la messe de toujours,je trouve ça très triste. A-t-on songé que quand notre Maître a inauguré sa liturgie du « sacrifice«  au soir de jeudi saint,il y avait dans cette liturgie tout ce qui était nécéssaire pour offriir à son Père la totalité du Don de lui-même pour le salut de tous.
    Au cours des années et siècles qui ont suivi,l’Église s’en est tenue à renouveller ce « sacrifice non sanglant«  en suivant scrupuleusement les éléments essentiels de cette liturgie,sans en changer un iota: les seules additions qui se sont greffées au cours des décennies et des siècles n’ont jamais touché la partie centrale où le prêtre sacrificateur s’offre à son Père
    en rémission des péchés du monde. Ces additions progressives étaient des prières de préparation,de demande,de louange,toutes orientées de manière a rehausser la solennité et la splendeur (en fait le miracle) de ce qui allait s’opérer sur l’autel,le changement du pain et du vin en corps et en sang du Sauveur. La nouvelle liturgie a bouleversé tout celà. La nouvelle « messe« 
    est un spectacle destiné au peuple où LE PEUPLE lui-même s’offre en sacrifice pour louer Dieu.
    Il y a des analyses très nombreuses et très sérieuses qui ont démontré la perte du sens original du sacrifice par le Christ et de son remplacement par un simulacre de liturgie en faveur des protestants qui offrent une « commération« de ce qui s’est passé le jeudi saint en refusant que le pain et vin soient changés en corps et sang du Christ.
    D’ailleurs,à vatican II,il y eut pas moins de six pasteurs protestants qui ont travaillé à cette mascarade que Paul VI a gobé comme un poisson;
    ça allait tellement bien dans le sens de son oecuménisme.
    Si vous voulez une bonne analyse du phénomène,allez lire le mémoire que six cardinaux RÉGULIERS ont envoyé à Montini pour lui signaler la supercherie de la nouvelle liturgie,mais Paul n,en a pas tenu compte.
    Ottaviani a signé ce mémoire sans réticence. Ces cardinaux auraient dû se révolter: après,ils se sont tus comme des carpes.
    Voila le malheur d’une Église qui fait taire ceux qui sont dans la bonne voie et laisse faire le mal au grand jours de ceux qui travaillent à la détruire.
    Ne cherchons pas l’erreur: Satan a pénétré l’Église par la Grande Porte et depuis la tient prisonnière du mal.
    « viens Seigneur Jésus réparer ton Église et chassez tous ces mercenaires maudits. Cécilien

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